Avant propos

Dans un contexte général de manque de repères et de doutes, il est un livre rare et lumineux, un livre qui “nous travaille intérieurement, au cœur même de notre existence quotidienne et dans tous ses aspects”.

S’il vous est arrivé – à vous parents – de vous dire qu’il n’était pas question pour vous d’élever vos enfants comme vous ont élevé vos parents (à moins qu’ils n’aient été doux compatissants et remplis d’amour pour vous), ce livre est le vôtre.

Comme l’exprime Purma Steinitz dans la préface : “Vous ne trouverez nulle part ailleurs une bonne partie des choses que contient ce livre. C’est une combinaison de nombreuses années d’expériences pratiques de l’auteur avec ses propres enfants ajoutées à la supervision de milliers de parents et de leurs enfants. Il s’agit là de l’expression limpide de plusieurs siècles de connaissances venues des grandes traditions de sagesse du monde. Ce livre est tout entier consacré aux enfants, au fait d’être parent, et exprimé avec un langage que nous pouvons comprendre.”

Les 12 chapitres du livre “LE COURAGE D’EDUQUER”

Contexte pour une éducation consciente.
Un bon départ (Conception, grossesse, naissance et allaitement).
Assez, jamais assez (L’amour, affection et l’attention).
L’innocence.
Tout comme nous (Les modèles).
Savoir fixer les limites (Le défi des limites responsables).
La violence envers les enfants (Tolérance zéro).
Dire la vérité (La parole et l’honnêteté).
Une éducation pour la vie.
Les jeux d’enfants (Les émotions, la gestion de l’énergie, les disputes).
Le corps et l’âme (Nourriture, santé, sexe et Dieu).
Pratique spirituelle pour les parents.

Lee Lozowick est l’auteur de plusieurs autres ouvrages parus aux Editions du Relié et à La Table Ronde.

Pour aller plus loin, je vous invite à vous procurer “Le courage d’éduquer” (aujourd’hui réédité en poche sous le nouveau titre “Pour une éducation consciente”) en cliquant ICI.

Voici le premier chapitre de ce livre…

Chapitre 1 : Contexte pour une éducation consciente

Une responsabilité envers l’avenir du genre humain. Oui, la responsabilité dans la relation aux enfants, que ce soit à travers un rôle officiel de parent ou d’éducateur, ou simplement en tant qu’ami ou compagnon, est littéralement une responsabilité envers l’avenir du genre humain. Le modèle que nous offrons aux enfants, la manière dont nous les traitons et les élevons, est plus qu’important : il est absolument vital, tant pour leur santé et leur bien-être au niveaux mental, émotionnel et physique que pour la santé et le bien-être de la Terre elle-même (voire au-delà, à mesure que nous développons les technologies d’exploration spatiale).

C’est en vivant avec des adultes épanouis que les enfants deviennent à leur tour des adultes épanouis, pas en se faisant bourrer leur petite tête de principes moraux par des hypocrites bien intentionnés mais inconscients. Les enfants sont comme des éponges : ils captent tout ce qu’ils voient, entendent et ressentent, non seulement en provenance de leurs modèles proches, mais même des relations occasionnelles. Ce qu’ils captent influencera leur croissance, qui à son tour aura des effets que nous ne pouvons même pas imaginer sur le monde en général. Notre relation à l’enfant se répercute à bien des niveaux de l’existence. L’éducation consciente ne concerne donc pas seulement le bien-être d’un individu, mais plus encore l’équilibre présent et futur de la société dans son ensemble.

QUI ILS SONT

Avoir des enfants est naturel et fait partie du processus continuel de la vie. Au-delà du fait de transmettre la vie à nos enfants (ce qui est à la portée de n’importe quel animal), il est clair que dans une certaine mesure l’éducation que nous leur donnons déterminera s’ils seront des adultes sains et murs ou des handicapés sur les plans psychologique, émotionnel voire même sur le plan physique. Au-delà de l’évidente sentimentalité qui nous étreint lorsque nous voyons l’innocence, la beauté, la spontanéité et la fraîcheur d’un enfant (ce qui est malheureusement, pour certains, la première raison d’en avoir), il faut considérer tout à la fois la responsabilité et la droiture qui nous échoient dans les actions et les choix que nous ferons à leur égard.

La plupart des enfants naissent relativement égaux, mais ils manifestent, à l’âge adulte, de grandes différences, qui viennent d’une part du conditionnement ou de l’éducation que les adultes leur ont prodigués, et d’autre part de l’environnement général. Voilà pourquoi nous (pas seulement les parents mais tous les adultes) portons l’immense responsabilité de leur offrir les références qui leur permettront de devenir ce qu’ils sont au lieu de les handicaper par nos projections, nos espoirs et nos exigences subjectives.

Certains ne peuvent avoir une relation sexuelle sans faire intervenir des fantasmes de cruauté et de violence, ou bien le dernier film pornographique qu’ils ont vu. Beaucoup de gens sont ainsi devenus incapables d’être naturellement aimants et intimes, précisément à cause de leur éducation, non parce qu’ils sont nés avec ces infirmités. C’est dans la mesure où il est fidèle à ce qui est objectivement vrai ou nécessaire, capable d’authenticité (en action), que l’adulte est mature. La plupart des adultes font de beaux discours, mais ils n’agissent pas toujours en accord avec leur compréhension et leur vision intellectuelle. Il est toutefois nécessaire de joindre l’acte a la parole, car sans cela nous ne pourrons être pris au sérieux. Au lieu du « petit garçon qui criait au loup », nous avons devant nous le glorieux papa qui claironne patience et tolérance mais n’en démontre aucune.

Il arrive que des parents surimposent sur leurs enfants leurs propres espoirs tordus ou irréalistes, sans tenir compte le moins du monde du processus naturel de l’évolution et de la croissance de ces derniers. Ils voudraient que leurs enfants vivent les passions qu’ils n’ont pas vécues ou qu’ils accomplissent ce qu’ils n’ont pas accompli eux-mêmes. A cet égard on peut rappeler l’histoire de cette mère qui ramena pour sa fille de six mois un piano de concert et le fit installer dans le salon. On voit bien que cette mère projetait son sentiment d’échec sur sa fille, mais s’arrangeait pour faire apparaître son geste comme un cadeau : « Tu es pleine de talent, tu es un génie, je fais ça pour toi », etc. Cette fille devint effectivement une pianiste de grand talent, mais sans l’avoir choisi. Plus tard, elle opta pour un autre mode de vie qui la rendit heureuse, elle plutôt que sa mère.

Nous connaissons tous des personnes qui sont peut-être talentueuses, ou qui font une belle carrière, mais absolument incapables de ressentir, d’entrer en relation ou simplement de s’amuser ou de profiter de la vie, totalement artificielles, vides. Voila ce qui arrive quand on veut forcer des qualités qui ne sont pas inhérentes à l’enfant. Ce type de pression sur un enfant, quel que soit son âge, peut se révéler dommageable ; mais lors qu’il est tout jeune, cela peut l’installer dans un schéma névrotique pratiquement impossible à briser ultérieurement. Lorsque les parents placent un tel espoir sur un enfant avant même qu’il n’atteigne un an, cet enfant n’en sera pas seulement affecté, il sera tout bonnement l’incarnation de cet espoir. Avant un an, il n’y a aucune séparation entre l’enfant et la mère. C’est ce qui explique pourquoi ce genre de programmation peut se révéler tragique lorsqu’il se manifeste plus tard dans la vie.

Je ne peux que mettre l’accent avec la plus grande fermeté sur la nécessité des parents d’être conscients, c’est-à-dire éduqués au métier de parents. Très souvent, nous ne mesurons pas combien des paroles prononcées par nos parents ont suffi à déterminer notre relation à la vie. Par exemple, en ce qui concerne la maladie, quelques mots malheureux prononcés à notre égard dans notre jeune âge peuvent suffire à nous convaincre que nous devons être malades périodiquement ou bien que nous sommes par nature disposés à certaines fai­ blesses physiques. Il est pourtant vrai que des espoirs et de fausses certitudes à des niveaux profonds, inconscients, peu­ vent se révéler être la cause profonde de tels maux. C’est de cette manière, comme en d’autres, que des adultes mettent inconsciemment des enfants en danger. Un adulte, même capable d’une grande considération envers les enfants, peut constituer un facteur de danger pour leur développement har­ monieux s’il est, dans son être même, plein de déni, de sadisme, d’égocentrisme et de fausse piété. Comme je l’ai déjà fait remarquer, les enfants sont l’avenir du genre humain. Non pas que celui-ci doive survivre, mais, s’il le doit, autant qu’il le fasse d’une manière utile, positive envers la vie et de la meilleure manière possible. Pour que notre espèce survive en conservant ces possibilités, ce qui implique que nous aussi survivions en optimisant nos propres possibilités, nos enfants doivent être éduqués le plus parfaitement possible, de façon à ce que leur croissance se poursuive naturellement.

Le sens profond de l’éducation consciente consiste à faire preuve d’une certaine responsabilité envers la vie elle-même dans la relation avec les enfants. Ce que ces derniers devraient nous communiquer concerne des principes qui se situent bien au-delà du niveau personnel. Si nous regardons vraiment un enfant, nous pourrons voir non son avenir, mais celui de l’hu­ manité tout entière. Élever et éduquer des enfants devrait être vital pour nous, pas seulement parce que nous sommes père, mère ou enseignant, mais parce qu’en tant qu’être humain notre relation avec le monde sera effective ou ne le sera pas. Ou bien nous participerons à la guérison et à l’aspect positif du monde, ou bien nous participerons à sa destruction, à sa mala­die et à son aspect négatif. Un homme ou une femme qui ne se sentirait pas concerné par l’éducation positive des enfants, ou qui ne serait pas conscient de la souffrance d’un enfant mal­traité, est inévitablement, d’une manière ou d’une autre, lui-même incapable de ressentir la beauté et la plénitude de sa vie.

FAIRE CE QU’IL FAUT

Avez-vous déjà regardé dans les yeux d’un enfant (assez jeune pour que son innocence n’ait pas encore été sérieuse­ment dégradée) et réalisé qu’il vous regarde avec une confiance totale et absolue ? Si vous avez pu voir l’immensité de cette confiance sans être rempli de peur, il n’est pas possible que vous soyez un parent compétent et pleinement conscient. Un point c’est tout. Prendre la responsabilité d’une telle confiance est une perspective terrifiante, car c’est donner au parent le rôle d’une sorte de Dieu omnipotent. S’il fait souffrir physi­quement l’enfant, qu’il le gifle ou le frappe, celui ci ne l’en blâmera pas. Bien au contraire, la confiance demeure pleine et entière. L’enfant aura souffert, il sera confus et effrayé, mais continuera d’aimer.

Que dit le vieil adage ? « Le pouvoir corrompt. » Eh bien l’amour et la confiance que l’enfant accorde à ses parents leur donnent un réel pouvoir. Un parent digne de ce nom ne sera pas corrompu, mais celui qui sera faible, apeuré ou cruel abu­sera très probablement (en fait pratiquement toujours) de ce pouvoir, en maltraitant cet enfant d’une manière ou d’une autre. Réfléchissez honnêtement à vos relations adultes. La confiance n’est-elle jamais trahie ? Si nous sommes capables de trahir la confiance d’un adulte, nous le serons d’autant plus d’abuser de celle d’un enfant dont la capacité à déjouer nos plans ou à nous rendre la pareille est infiniment moindre.

Nous nous sentons grandis par l’innocence et la beauté de l’enfance, ravis devant l’essence de cet état. On pourrait égale­ment dire « émerveillés » devant le miracle de l’innocence et de l’humanité à l’état pur. En fait, il est impossible de décrire les enfants tant qu’ils sont essentiellement libres. On ne peut pas tout simplement dire : « Oh ! les enfants sont mer­veilleux » pour décrire cet état avec exactitude. Rien ne peut vraiment décrire cette innocence. D’un autre côté, même les meilleurs enfants peuvent parfois nous décevoir, nous ennuyer, nous rendre fous, parce que leur comportement pousse notre tolérance à bout. Le problème ne vient pas d’eux, mais de nous. Il est évident que si nous les avons élevés dans un environnement où ils ont connu la malveillance et la négli­gence, leur comportement peut se révéler problématique, « antisocial »; quoi qu’il en soit, c’est nous qui sommes en cause, pas eux. Ils peuvent être pour nous source de souf­france, de distraction, de colère pendant tout le périple de leur croissance et de leur découverte. On ne sait pas jusqu’à quel point le fait d’être parent est un état naturel « primal ». Il n’y a pas de préparation à cet état ; il remue et réveille chez le parent des éléments profondément enfouis. Si quoi que ce soit demeure caché ou enfoui, le fait d’être parent saura le révéler.

Tenter de maintenir dans la durée une éducation alerte et consciente peut se révéler vraiment difficile, surtout si on le tente en tant que père ou mère célibataire. Une aide très pré­cieuse peut alors nous être apportée par des rencontres et des échanges avec d’autres personnes conscientes des mêmes valeurs en termes d’éducation. Étant donné la tendance natu­relle que nous avons tous à projeter nos propres demandes et besoins sur nos enfants, il peut être profitable de recevoir régu­lièrement des rappels de personnes extérieures au lien étroit parent-enfant : cela nous évite de modeler nos enfants sur nos propres demandes ou espoirs névrotiques.

Élever ses enfants avec des valeurs conscientes et objectives soulève souvent des réactions surprenantes. Nous laisserons peut-être nos enfants dire ou faire des choses que nous n’au­rions jamais pu nous permettre étant enfant : des choses pour lesquelles nous aurions même été sévèrement punis. Comme ces habitudes et ces vieilles règles sont toujours en nous, la tendance à vouloir traiter nos enfants de la même manière demeure : lorsqu’ils nous manquent de respect ou répondent, nous avons peut-être envie de les écrabouiller, de les faire taire, simplement parce que c’est ainsi qu’on nous a traités dans notre enfance. Il se peut que nous soyons jaloux de leur liberté, même si c’est nous qui la leur donnons.

Laisser nos enfants libres de nous répondre tout en contrôlant la situation avec délicatesse et sans réaction exagérée, sans pour autant leur laisser tout faire ni nous abuser, voilà une tâche qui exige une créativité particulière. Nous devons être vraiment adultes et nous connaître nous-mêmes. Alors, ce ne sera plus un problème lorsque nos enfants nous sortiront ce qu’ils nous sortent parfois, et nous saurons y faire face de manière juste. Ce sera sûrement autre chose que ce que nous avons vécu dans notre enfance, mais c’est précisément ce dont il s’agit. Un parent le décrivait très bien en disant : « Alice Miller* tire de son travail de thérapeute la conclusion que nos blessures d’enfants peuvent demeurer enfouies et oubliées dans l’inconscient jusqu’à ce que nous-mêmes ayons des enfants. En fait, même si notre expérience d’enfant influence fortement nos choix, nos dynamiques et nos relations d’adulte, ces influences peuvent demeurer invisibles tant que nous n’avons pas d’enfants. Nous nous retrouverons peut-être en train de reproduire vis-à-vis d’eux les schémas qui sont gravés en nous.

En ce qui me concerne, il n’existe qu’une manière d’être vis-à-vis des enfants qui soit réellement « dans le sujet », et on ne peut la décrire en termes d’éducation libérale ou conservatrice. Ou bien nous sommes « dans le sujet », ou bien nous sommes hors sujet en ce qui concerne notre capacité d’entrer en résonance avec ce qui est objectivement juste ou adéquat dans l’éducation et la santé de l’enfant. Chaque circonstance renferme en elle-même une réponse qui lui est propre, et l’éducation consciente consiste précisément à cultiver la résonance avec ce qui est.

Il est évident qu’il y a une marge : aucun de nous, à commencer par moi-même, n’est un parent parfait. Il y a donc une liberté de manœuvre qui tient compte de chaque personnalité, de chaque circonstance, du moment opportun, etc. À l’intérieur de cette marge, il ne s’agit pas d’être libéral ou conservateur, il s’agit de faire ce qui est juste, c’est-à-dire de faire preuve de discipline lorsqu’elle est requise, de souplesse et de douceur si nécessaire. Ce n’est pas une question de subjectivité. Faire grandir la conscience de ce principe à travers tous les aspects de l’éducation de l’enfant, voilà la raison d’être de ce livre.

« ET UN PETIT ENFANT LES CONDUIRA »

Le fait d’avoir des enfants a la vertu de nous montrer combien nous sommes « malsains ». Les enfants nous touchent profondément, aussi est-il pénible de constater l’état maladif du monde et ce que cela implique pour eux : combien la guerre, l’avidité et les atrocités les affectent. Tout ceci peut nous encourager à rechercher en quoi consiste l’authenticité totale et pleinement consciente. Si nous sentons vraiment ce qu’est la misère humaine et portons notre regard sur l’enfant innocent qui ne connaît rien de toutes ces réalités (leur vie consiste à jouer, manger, pleurer et rire), penser à ce qu’il va en coûter à cet enfant de perdre son innocence… si tout cela n’est pas suffisant pour nous pousser à sortir de notre ronron, à devenir conscients et à mûrir dans notre vie spirituelle et temporelle, rien d’autre ne pourra nous motiver. Tant qu’un enfant conserve une part d’innocence, chaque expression de cette innocence devrait nous servir de rappel.

Ce n’est pas tant que les enfants sont nos maîtres parce qu’ils sont sages et purs, se souviennent de leurs vies antérieures, voient les auras… et tout ce fatras d’absurdités (il faut d’ailleurs savoir qu’il n’est pas nécessaire de devenir « canal », car nos enfants parlent de toute façon aux anges et ils nous donneront la bonne réponse). Les enfants font lever en nous la compassion pour ceux qui souffrent, l’inutile souffrance due à l’inconscience, au refus et à l’étroitesse d’esprit. Cette souffrance est plus évidente lorsque nous avons des enfants autour de nous, à cause de la dichotomie frappante existant entre ce type de souffrance d’une part et, d’autre part, la vulnérabilité, la pure innocence de l’enfant, son désir d’être heureux et de voir les autres également heureux et sains.

N’importe quel adulte vraiment sensible prend conscience que les enfants nous ramènent naturellement et sans effort au présent, à l’ici et maintenant. Si nous les laissons faire, ils maintiennent notre attention en éveil ; ils ne nous laissent pas partir dans les nuages. Toutefois, au fur et à mesure qu’ils grandissent, les encourager à être eux-mêmes n’implique pas de maintenir notre attention de la même manière. Autrement, nous finissons par étouffer leur créativité et devenons des souffleurs de théâtre.

Les enfants peuvent également nous communiquer une vision à la fois profonde et tragique de la fragilité de la vie. J’entends par là que nous sommes tout aussi facilement blessés qu’un enfant, mais, comme nous ne nous permettons pas de l’exprimer comme ils le font, nous faisons semblant de ne pas être touchés. Ceci explique pourquoi, outre tout ce qui s’ajoute à notre désintégration – comme la confusion mentale et psychologique, la frustration et l’accablement -, nous nous retrouvons après cinquante ans avec une crise cardiaque, une hémiplégie ou tout autre sorte de maladies invalidantes qui sont le résultat de la suppression des émotions et du refus de notre réalité.

L’AMOUR SUFFIT / L’AMOUR NE SUFFIT PAS

En dehors d’une discipline juste et d’une claire définition des limites à ne pas dépasser, qui sont la clé du succès avec les enfants, l’amour doit être la base de notre relation. Si l’amour n’est pas le fondement de cette discipline, alors autant oublier ce qu’est une discipline juste. Sans ce fondement de l’amour nous finirons par porter tort à nos enfants d’une manière ou d’une autre ; si ce n’est pas d’une manière physique ou émotionnelle, ce sera sur le plan psychologique.

Si l’amour est le véritable fondement sur lequel s’appuie notre relation avec nos enfants, nous réussirons à traverser d’une façon ou d’une autre les turbulences ; il y en aura toujours.

Après tout, il est certain que nos enfants nous ressemblent, mais nous n’en sommes pas moins des individus distincts, chacun avec sa propre destinée, sa propre résonance, etc. Nous aurons beau élever la voix, nous mettre en colère, perdre patience, perdre notre sang froid, c’est l’amour qui permettra finalement de résoudre les situations. L’amour ne peut être occasionnel, ou la réponse à une impulsion : il doit être à la fois constant et implicite. Peu d’adultes sont à même de reconnaître que l’amour exige une responsabilité aussi exceptionnelle.

Si l’amour est bien notre réponse fondamentale et que nous sommes désireux d’en accepter la responsabilité, il nous permettra toujours de nous sortir des états de confusion, de frustration ou de dépression qu’il nous arrive de traverser. Peu importe combien un enfant peut devenir agaçant dans sa marche vers l’indépendance et la découverte de son individualité, si nous l’aimons profondément et durablement, agacements, disputes et malentendus valent alors la peine.

Si nous n’éprouvons pas d’amour pour eux, mais ne faisons que supporter leur présence, nous nous retrouvons coincés auprès d’eux pour un certain temps, ne faisant souvent que mettre à mal notre tranquillité d’esprit les uns des autres et contrarier un amour qui, autrement, pourrait grandir. Pendant les trois ou quatre premières années de leur vie, il va de soi qu’il nous est bien plus aisé, en tant qu’adultes, d’étouffer la spontanéité d’un enfant que de la laisser s’exprimer. Mais dès quatre ou cinq ans nous assistons à un renversement : ils réussissent à nous déranger bien plus efficacement que nous ne pouvons le faire. Nous pouvons les dominer et les contrôler, mais ils savent comment nous atteindre. Dieu sait comme ils en sont capables, et bien mieux que nous ne pouvons l’imaginer. Ils ne sont pas naturellement disposés à faire la guerre avec leurs parents, c’est sûr, mais leur instinct de survie les pousse à agir de la sorte. Un enfant qui n’a pas été aimé dans sa petite enfance présente un comportement problématique pour se prouver à lui-même qu’il est digne d’attention, de n’importe quelle attention. Il s’agit d’un mécanisme inconscient profond. C’est tout simplement une question de bon sens ; une relation réussie avec un enfant est une question d’amour.

De deux choses l’une : ou bien notre amour est naturel, ou bien nous devons le créer. Le premier pas à faire pour le créer est de nous imposer une responsabilité rigoureuse. En pratique, ça peut vouloir dire, par exemple, de ne pas répondre de manière agressive sous prétexte que « c’est pas mon jour ». Qu’ils en soient la raison ou non. Si un enfant se plaint, il y va de notre responsabilité de poser des limites fermes mais justes, de demeurer calmes, tendres, affectueux et lucides.

Mais l’amour ne suffit pas lorsque l’environnement n’est pas approprié. On pourrait aller jusqu’à dire que l’amour ne peut exister si l’environnement général n’y est pas. Nous entendons par là un environnement fait d’une attention aimante, d’une présence tout imprégnée d’acceptation et si intelligente dans la relation avec ce que sont nos enfants, tant sur le plan de l’être que sur celui du développement, qu’ils se savent aimés sans l’ombre d’un doute.

Il est naturel pour nous de vouloir ce qu’il y a de mieux pour nos enfants, et souhaitable de cultiver cette attitude qui consiste à vouloir faire le mieux possible : en leur donnant la meilleure éducation, en les aimant et leur prêtant toute notre attention. Mais il faut savoir que plus tôt le garçon, ou la fille, se sentira lui-même, s’appartiendra, mieux ce sera. Chaque fois qu’il nous est possible de leur apporter quelque chose, ou chaque fois que quelque chose leur manque qui leur serait profitable, ce devrait être pour nous l’occasion de nous souvenir combien nous devons les soutenir dans ce qu’ils sont. Combien de personnes ont passé des années à élever et éduquer leurs enfants… et ne s’en aperçoivent que dix ou vingt ans après leur départ, tout d’un coup. (Bon nombre d’entre eux ne s’en rendront jamais compte et ne feront que traverser en souffrant les remous émotionnels et psychologiques). Où est l’essentiel ? Ils ne sont pas à nous. Ils ne sont pas des choses, des possessions, des objets que l’on peut manipuler, contrôler, dominer. C’est un point important.

Un homme ou une femme qui manque d’estime de soi ou ne sait pas comment y parvenir ne peut pratiquement pas être un parent conscient. L’éducation des enfants est un travail crucial, qui doit s’appuyer sur un sentiment de confiance en soi, de force et de connaissance de soi, certainement pas sur un sentiment d’impuissance et de faiblesse. Il est effectivement très important que les enfants puissent s’estimer eux-mêmes, pour qu’une fois parents ils puissent à leur tour transmettre les principes d’une éducation consciente, sans laquelle le monde est condamné à sombrer davantage dans l’obscurité et la souffrance.

Note de l’auteur :

* Alice Miller a écrit de nombreux ouvrages dont : L’Avenir du drame de l’enfant doué, Paris, Presses universitaire de France, « Le fil rouge »; The Search for the Truc Self, New York, Basic Books, 1981 ; C’est pour ton bien, Paris, Aubier, « Psychologie PS »; Thou Shalt Not Be Aware : Society’s Betrayal of the Child, New York, Meridian Books, Penguin, 1990. Son travail est non seulement essentiel, mais il est primordial pour quiconque veut entreprendre une éducation consciente.

(Extraits publiés sur Evolute)

Pour des éléments biographiques et plus :
> Hommage à Lee Lozowick
> Paroles d’Hommes

L’éducation consciente consiste précisément à cultiver la résonance avec ce qui est

Lee Lozowick